Ma vie d'entrepreneure - E3 : Cinekin relance le cinéma à Kinshasa

Mis à jour : mai 15

Derrière chaque projet ou entreprise, il y a une histoire. Aujourd’hui, je vais vous raconter celle de CINEKIN, l’histoire de 4 entrepreneurs s'unissant pour développer une vision. Ils ont décidé d'utiliser la puissance du 7ème Art pour commencer à changer le monde et le rendre meilleur pour tous.


Genèse du projet


Si vous avez lu mes précédents articles, vous savez que je suis une entrepreneure qui a débuté en lançant sa première entreprise dans la mode et le lifestyle ecochic. L'entrepreneuriat est une aventure pleine de rebondissements, vous ne savez jamais de quoi sera fait le lendemain. Ainsi, après avoir fermée ma première entreprise, j’ai rejoint un projet hybride de série TV, Mirage, alliant les codes de la musique et du cinéma, un projet multiculturel. Parallèlement à cela, j’ai rencontré un entrepreneur motivé par l’entrepreneuriat humain et durable. Alors que je travaillais sur le développement de mon entreprise dans le lifestyle ecoresponsable, il a pris le temps de me conseiller sur mon business plan et m’a encouragée à continuer à croire en mes rêves malgré les difficultés que je rencontrais.


C’est ici que l’aventure CINEKIN commence… Un an plus tard, enrichie de mes diverses expériences, ce même entrepreneur me contacte en rentrant de son voyage effectué au Congo Kinshasa en août 2015. Passionné par le cinéma, il est étonné de ne pas avoir trouvé là-bas une seule salle de cinéma telle que nous les connaissons en Europe. Ce jeune entrepreneur, Steve Munga, belgo-congolais, décide alors de se lancer dans la folle aventure d’ouvrir le 1er cinéma HD et instantané en RDC. Tout naturellement, il me propose de le rejoindre dans ce périple, considérant que j’ai l’expérience et les compétences requises. En tant qu'entrepreneure et artiste dans l’âme, je ne pouvais pas refuser de m'associer à un tel projet qui réunissait tout ce que j’aime : l’art, la communication, l’international, le social et même la mode... Pour la réussite de ce projet, nous nous sommes unis à 2 autres personnes, une amie de longue date, Laura Mandret, statisticienne et un très bon ami juriste et camarade d’études de Steve, Tarik Lizani.


Ce n’est qu’après avoir reçu l’accord des différents plus grands studios internationaux pour diffuser les films à Kinshasa - tels que Disney, Warner Bros, Universal, 20th Century Fox - que Steve constitue officiellement notre équipe. Notre première mission a été de récolter les fonds nécessaires pour lancer le projet en décembre 2015, notamment en mettant en place une campagne de crowdfunding sur Kickstarter. C'est à Bruxelles que nous nous sommes réunis tous ensemble pour mettre en place cette campagne et les premières étapes du développement de la société. L'objectif de Cinekin était d'offrir aux Kinois une expérience visuelle exceptionnelle et de haute qualité dès la première séance. En effet, les Kinois n'ont plus eu accès au 7ème art tel que nous le connaissons en Europe depuis 40 ans.

En route pour Kinshasa


Afin de négocier un contrat avec un hôtel pouvant accueillir le concept de Cinekin, Steve s'est rendu à nouveau à Kinshasa. Bien que les termes du contrat ait été négociés sur place, la gestion à distance s'est révélée compliquée et la version du contrat réceptionnée n'était plus du tout en accord avec la version définie sur place. Après réflexion, nous avons décidé de nous rendre en novembre 2015 sur place pour finaliser le contrat de vive voix et préparer l'ouverture de la salle.

Du jour au lendemain, je me suis retrouvée à l'ambassade de la République Démocratique du Congo à Paris sans avoir la certitude d'avoir le visa à temps pour partir avec Steve. Par chance, j'ai réussi à l'obtenir à la dernière minute et nous nous sommes envolés pour Kinshasa.

Sur place, une toute nouvelle vie a commencé pour moi. Nous avons été accueillis par un couple très chaleureux, ami de la famille de mon associé, dans leur villa avec un beau jardin. Nous avons eu la chance de vivre dans de superbes conditions. Un chauffeur nous conduisait à nos rendez-vous, car c'est impossible de se déplacer en transport en commun, ils sont très limités ; des employés de maison - bien traités - s'occupaient de l'entretien des lieux, de nos repas et de notre linge. D'ailleurs, je me suis très bien entendu avec deux d'entre elles, nous avons beaucoup rigolé, car elles trouvaient mon français trop compliqué ! Et de mon côté, j'ai commencé à apprendre quelques mots en Lingala... ! Pas évident...


Pour mettre en place Cinekin, dès notre arrivée, nous avons véritablement dû nous battre tous les jours. A Kinshasa, les réalités sont totalement différentes, il a donc fallu nous adapter à une nouvelle culture, à un nouveau mode de vie et apprendre à ne pas raisonner comme en Europe.


J'ai été profondément frappée par les inégalités, la misère et surtout le potentiel inexploité de la population, notamment en assistant à une exposition d'artistes congolais. Tout est à faire, les talents sont là, mais peu de choses se mettent en place. On m'a même appris qu'ils étaient en train de vivre un dérèglement climatique. A ce moment-là, j'ai pris conscience que nos choix en Occident ont un véritable impact sur d'autres pays à l'autre bout du monde et que notre surconsommation ne peut pas continuer. Quand on voit des personnes qui vivent par terre dans 1m2, qui gagnent pour grand nombre d'entre elles 2$ par jour et travaillent sans s'arrêter pour subvenir à leurs besoins, alors qu'elles rêvent d'entreprendre, mais sont limitées en raison de leur situation financière, c'est révoltant. J'ai alors compris que tout ce que j'entreprends en France a son rôle à jouer pour impacter le monde à plus grand échelle. Face à cette situation, on se sent tellement impuissant, mais on se dit qu'il faut persévérer et agir à son niveau comme le colibri.


Le développement de Cinekin sur le terrain


Pour en revenir à Cinekin, chaque jour a été une aventure. Je ne me suis jamais ennuyée durant ces trois mois, bien que là-bas la connexion internet ne soit pas aussi bonne qu'en France et qu'il y ait encore peu d'activités hormis les multiples bars, restaurants et boîtes de nuit qui pullulent à Kinshasa. Du coup, l'ouverture de Cinekin a pris tout son sens !


Cependant les premiers instants sur place n'ont pas été facile à vivre. Suite à notre rencontre avec les gérants de l'hôtel proposant d'exploiter leur auditorium en salle de cinéma, nous avons réalisé que nous n'étions pas sur la même longueur d'onde. Nous avons pris la décision de chercher une nouvelle salle de cinéma.

De plus, un investisseur européen nous a lâché au dernier moment parce qu'il a pris conscience qu'on ne se mettrait pas à son service. Une longue histoire...

Il a fallu faire preuve de sang froid et chercher des solutions à chaque instant.


Par chance, le père de mon associé s'est souvenu d'une salle de cinéma dans laquelle il se rendait quand il était jeune à l'espace culturel Boboto au coeur de Kinshasa. Nous avons donc rencontré les gérants du lieu, il s'agissait d'un Père. Après plusieurs discussions, et grâce à l'intervention d'une dame qui travaille avec ce Père, nous avons finalement réussi à conclure un contrat de partenariat avec eux. La salle n'étant pas en état de recevoir la projection de films, il a fallu la rénover. Nous avons donc organisé les travaux pour repeindre la salle et fermer les ouvertures pour l'insonoriser.


En parallèle, nous avons aussi commencé à démarcher des sponsors, dont le directeur général de CFC Western Union qui a été le premier à rejoindre l'aventure. Il a proposé de vendre les billets de cinéma dans des boutiques Western Union dans Kinshasa.


Nous nous sommes aussi déplacés dans de nombreuses administrations pour obtenir les autorisations d'ouvrir la salle et faire des demandes d'exonération de charges voire de soutien du ministère de la culture. L'espoir fait vivre... !


Nous avons organisé une soirée de présentation afin de rencontrer des Kinois et leur parler de CINEKIN. Heureusement, tout le monde nous a encouragé et a trouvé le projet super ! 


Après plus d'un mois et demi sur place, mon associé a été contraint de rentrer en Belgique pour passer des examens à l'université. Etant en pleine mise en place, j'ai décidé de rester pour superviser les travaux, débuter le recrutement des futurs employés du cinéma et poursuivre le démarchage des sponsors et partenaires. J'étais aussi en charge de la conception des tenues des futurs hôtes et hôtesses en collaboration avec deux stylistes congolaises. Grâce à mes études à l'ISTA, je les ai accompagnées dans leur démarche créative en réalisant notamment un cahier des charges. Après avoir défini les modèles des tenues, l'une des stylistes m'a même invitée à l'accompagner dans un marché pour sélectionner les tissus pour confectionner les tenues.

Seule ou accompagnée par la mère de mon associée, je rencontrais de nouveaux potentiels partenaires. Un jour, alors que nous étions en voiture, nous sommes tombées sur la Chambre de Commerce Franco Congolaise. J'ai échangé avec la directrice qui m'a remis le guide de toutes les entreprises congolaises et les contacts des dirigeants. Ce document nous a été d'une grande aide. Durant ces deux semaines sans mon associé, j'ai rencontré Orange, Fedex, Air France, Pullman, etc... et des entreprises locales. Le rendez-vous qui m'a le plus marqué et qui a eu un impact positif dans le développement de Cinekin, c'est celui avec le directeur général d'Orange Congo. Alors que je commençais à présenter le projet, il m'a coupé et m'a demandé "Excusez-moi mais vous êtes qui ? Vous êtes congolaise ?". Déstabilisée par la question, j'ai simplement répondu que je suis française et que je suis associée dans le projet Cinekin. Là, il m'a répondu qu'il est impressionné que j'ai fait tout ce chemin pour défendre ce projet et il m'a félicité. A la fin de l'entretien, il nous a informé être très emballé par le projet et souhaite devenir partenaire. Wow, j'étais super fière d'avoir réussi à le convaincre ! Nous avons finalisé le contrat avec Steve à son retour à Kinshasa.


Une autre rencontre inattendue a aussi contribué à faire avancer le projet, celle d'un homme d'affaires libanais propriétaire d'une concession de voitures et de différentes industries. Nous cherchions à le contacter, mais en vain. C'est lors d'un rendez-vous avec une partenaire dans le transport et la logistique que nous sommes tombées sur lui. Il nous a ensuite reçu à plusieurs reprises pour discuter d'un partenariat potentiel. Au départ, nous pensions qu'il serait uniquement sponsor, mais cet homme d'affaires a senti le potentiel du projet et a carrément voulu devenir investisseur et associé. Les contrats se sont mis en place au retour de mon associé et c'est à la mi-février 2016 que nous avons quitté Kinshasa sereins pour rentrer en Europe.


Malheureusement, après notre départ, les choses se sont compliquées. L'investissement n'a pas pu être débloqué et il a fallu trouver des solutions alternatives. J'ai tenté de trouver des investisseurs directement à Paris. Cependant, je me suis retrouvée face à une situation financière personnelle compliquée, j'ai été contrainte de trouver des missions d'intérim pour remonter la pente et je n'ai donc pas pu poursuivre l'aventure sur le terrain. Steve quant à lui est retourné à Kinshasa en septembre 2016 et il a finalement pu ouvrir la première salle de cinéma au Centre Culturel Boboto.


L'évolution de Cinekin


En 2017, il a trouvé des partenaires indiens avec lesquels il a ouvert une deuxième salle cette fois dans le premier centre commercial de la ville "Premier Mall". La société se développe, bien qu'au départ ce n'était pas si évident pour les kinois de payer pour voir un film, car beaucoup d'entre eux n'avaient encore jamais vécu l'expérience du cinéma HD. Aujourd'hui, ils sont visiblement contents d'avoir cette activité culturelle et de voir les nouveaux films sur grand écran en même temps qu'ils sortent aux Etats-Unis et en Europe.



Aujourd'hui, Steve poursuit le développement de la société à Kinshasa. Je suis son évolution à distance et me concentre sur mes propres projets entrepreneuriaux.


Cette expérience a été très riche et j'ai énormément appris au contact de Steve. J'ai pris davantage confiance en moi et encore plus conscience en ma capacité à convaincre et à pouvoir m'adapter à un contexte inédit pour développer un projet. Je suis contente d'avoir pu prendre part au lancement de cette entreprise, j'aurai souhaité pouvoir m'impliquer plus par la suite, mais parfois la réalité de la vie nous rattrape. J'ai fait de mon mieux pour mettre ma pierre à l'édifice de la vision de Steve. Cependant, les circonstances m'ont rappelés que je ne dois jamais perdre de vue que j'ai ma propre vision à développer ! To be continued...


Pour en savoir plus sur Cinekin > ici.



© 2020 par Natacha Ruiz

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