Mes débuts en politique - E3 : Les coulisses d'une campagne électorale

Mis à jour : mai 15

La soirée du 11 juin 2017 s’achève vers 21h30 après que l’ensemble des candidats bas-rhinois ait suivi le dépouillement virtuellement en temps réel. Un score de 1% et 397 voix s’affiche à côté de mon nom au cœur d’un salon de l’Hôtel Préfectoral de Strasbourg. Entourée des autres candidats du parti Alliance Ecologiste Indépendante, nous partageons nos impressions de nos campagnes et des résultats.


Pour être honnête, je n’avais aucune idée de ce à quoi m’attendre étant complètement novice dans le domaine de la politique.


Ce score s’avère plutôt bon selon les retours reçus et vu les conditions dans lesquelles ma campagne s’est déroulée ! Une vraie aventure humaine que j’ai envie de retranscrire pour encourager tout un chacun à oser sortir des sentiers battus, car c’est dans les chemins inconnus que se cachent des trésors pour nos destinées.


Le début d’une nouvelle aventure


Tout commence le 3 mai, lorsqu’une amie membre du comité de pilotage de l’Alliance Ecologiste Indépendante m'a contacté pour me proposer d’être suppléante d’un candidat pour les élections législatives. N’ayant aucune expérience en politique, j'ai d'abord hésité d'abord… Puis, j’ai finalement accepté, toujours emballée par de nouveaux projets. De fil en aiguille, elle m’a encouragé à être carrément candidate et à représenter une circonscription de ma région d'origine, l’Alsace. Ayant suivi mes projets depuis plusieurs années, convaincue par mon engagement et mon expérience, elle a proposé ma candidature au directeur du parti. Au départ, j’appréhendais un peu, car je ne savais pas dans quoi je m’engageais et pour être honnête je n'étais pas très à l'aise de voir mon nom et mon visage sur des affiches… J'ai eu un gros combat intérieur avant de finalement laisser ma passion pour l’entrepreneuriat et mes engagements prendre le dessus. Je me suis décidé à me lancer dans l'inconnu en acceptant de représenter une circonscription dans le département du Bas-Rhin, alors que je vivais à Paris depuis plus de 6 ans.


Inscrite au départ dans la 3e circonscription, celle dans laquelle j’ai grandi, je découvre que le maire de mon village et proche de ma famille se présente aussi. Je demande alors à changer de circonscription. Pour finir, le parti me confie la 7e circonscription, une circonscription immense avec 165 communes comptant entre 100 et 3000 habitants par commune et dont la plus grande ville, Saverne, dénombre 15 000 habitants ! La panique m’envahit… Comment vais-je pouvoir gérer toute seule une si grande circonscription sans connaître personne y résidant…? Au moins dans la 3e j’avais ma famille, mes voisins qui auraient pu voter pour moi et en parler autour d’eux… Malgré ma requête pour changer, c’est impossible d’obtenir une autre circonscription plus centrale, le dossier est validé… J’en conclus que c’est le destin, je dois relever ce défi, faire campagne dans la plus grande circonscription du Bas-Rhin seule. En plus de cela, je dois monter une campagne en 2 semaines (rédaction du dossier de presse, du communiqué de presse, constituer une base de données presse et contacter les journalistes, créer des visuels FB, réaliser un shooting photo, etc…) alors que certains candidats travaillent dessus depuis plus d’un an ! Grâce à mon expérience d’entrepreneure, j’y suis heureusement parvenue !



Les complications et les solutions


Au-delà des résultats positifs, je souhaite évoquer les étapes plus difficiles qui font pleinement partie de tout projet quel qu’il soit. Voici en résumé les péripéties qu’on pourrait voir comme « négatives » qui ont jalonnées le début de ma campagne, mais qui m’ont demandé de faire preuve de créativité, réactivité, maîtrise de soi etc… En effet, il n'y a pas de problème, uniquement des solutions!


Lancée à fond dans la mise en place de ma campagne depuis Paris, j'apprends lors de la semaine du dépôt des candidatures que je dois me rendre à Strasbourg déposer mon dossier moi-même… Un dilemme s'impose à moi, car cette semaine-là je suis déjà engagée dans une mission d'intérim et je n’aime pas planter les gens... Heureusement, je partage la situation à un de mes collègues, compréhensif, il me soutient et toute l’équipe me donne sa bénédiction pour prendre ma journée. A la hâte je réserve un bus de nuit pour arriver le vendredi 19 matin à Strasbourg. Je dépose mon dossier à temps et retourne à Paris avant de revenir pour le début de la campagne.


En parallèle, je dois constituer mon dossier et ma suppléante, recrutée in extremis, doit me fournir un document crucial pour que le dossier soit complet, sinon il sera retoqué. Cependant, sa mairie envoie ce document à une mauvaise adresse. Heureusement, ma suppléante étant de passage dans sa ville pour un autre motif, elle récupère le fameux document directement en main propre !


J’apprends au dernier moment que je n’aurai pas d’affiches et de tracts personnalisés en raison de ma demande de changement de circonscription… C’est le moment d’être créatif et d’improviser : j’imprime des encarts avec mon nom, mon site web, ma photo et je fais créer un tampon personnalisé pour l’apposer sur chaque tract ! L’art de la débrouille!


Le jour avant mon départ pour Strasbourg pour débuter officiellement ma campagne sur le terrain, je suis censée récupérer les affiches. Cependant, elles n’arrivent que le vendredi et il faut trouver une solution pour qu’elles soient rapatriées dans ma région au plus tôt… Par hasard (quel drôle de hasard) mon frère et une amie prennent le train le vendredi soir. Mon contact du parti doit leur donner le matériel sur le quai. Manque de bol, elle se retrouve bloquée dans le métro… Je reçois un appel de mon amie qui m’informe qu’elle n’a pas pu arriver à temps, le train est parti… Je suis dépitée et découragée… Quelques instants plus tard, soupir de soulagement, je reçois un message m’indiquant qu’elle a réussi à déposer les affiches dans le 1er wagon juste avant la fermeture des portes et le départ du train !


Une fois les affiches récupérées, la campagne peut enfin commencer !


Sur la route : la campagne d’affichage


La première personne qui s’engage à m’aider s’avère être ma maman qui me conduit pour coller les affiches dans plus de la moitié de ma circonscription entre Saverne, Bouxwiller, Hochfelden et Marmoutier. Elle qui n’aime plus trop rouler, elle fait un super effort pour participer à son échelle à cette campagne convaincue par l’engagement du parti et du mien qu’elle suit depuis plus de 5 ans!

Nous partons sur les routes de notre belle Alsace. Emerveillées par le paysage, nous apprécions de rouler dans la campagne au milieu de cette nature que nous défendons à travers le parti Alliance Ecologiste Indépendante. En voyant ces paysages, mon engagement prend encore plus de sens et le choix de la circonscription aussi !


Lors d’une de nos haltes dans une des communes, nous arrivons devant un panneau quasiment inaccessible. Le panneau est trop haut pour nous… Nous tentons tout de même d'accrocher l'affiche en nous mettant sur la pointe des pieds, mais impossible de coller l’affiche. Je tourne la tête et là je crois presque halluciner, un monsieur arrive avec une brouette transportant une échelle. Il passe à côté de nous et nous lance en rigolant tout en continuant de marcher : « Vous voulez que je vous prête mon échelle ?! » Ni une ni deux, je rétorque : « Oui on en aurait vraiment besoin ! » Gentiment, il s’arrête et installe son échelle pour que je puisse coller l’affiche. Ce fut l’unique fois que nous avons été confrontées à ce problème et que nous avons croisé comme par hasard une personne avec une échelle… Nous avons trouvé ça vraiment incroyable ! Serait-ce un ange venu à notre aide ?! :)


Pour finaliser le reste de la circonscription, une de mes tantes se porte volontaire pour m’accompagner sur le chemin menant jusqu’à La Petite Pierre. Cependant, il me reste encore à faire toute la partie de Sarre-Union et à ce moment-là je n'ai aucune idée de comment m'y prendre. En effet, c’est très éloigné de Strasbourg. Comme par enchantement, la solution s’est présentée toute seule. Alors que ma maman et moi nous étudions l’itinéraire, elle prend connaissance de l’ensemble des communes à couvrir et réalise qu’une de ses très bonnes amies, Armelle, vit dans un des villages proche de Sarre-Union ! Quelques jours plus tôt Armelle m’avait écrit pour m’encourager suite à l’annonce de ma participation aux législatives sur les réseaux sociaux. Elle ne savait pas que je faisais partie des candidats de sa circonscription ! Je m’empresse de l’en informer et lors d’un échange téléphonique elle m’annonce qu’elle est partante pour me donner un coup de main ! Je finalise donc ma campagne d’affichage le 7 juin grâce à elle en parcourant le canton de Sarre-Union.


Cette sortie en sa compagnie fut aussi riche de belles rencontres. En collant une des affiches, nous croisons un couple et en discutant avec eux, je découvre que nous partageons les mêmes valeurs et qu'ils connaissent les parents du jeune chroniqueur de Radio-Arc-en-Ciel qui m’a interviewé. Ravis de cet échange, ils emportent plusieurs tracts et m’assurent qu’ils vont en parler autour d’eux.


Sur la route, nous nous arrêtons dans une boutique qu’Armelle connaît. La propriétaire est en train d’échanger avec quelques personnes, dont un homme. Je leur explique ce que je fais et ce monsieur emballé par mon engagement me demande si j’ai une affiche supplémentaire. Il propose de coller mon affiche avec mon nom et ma photo sur son camion pour me faire une promotion sur les chantiers et sur les routes qu’il emprunte. Je suis profondément émue quand je reçois les photos de son montage et que je vois l’affiche collée sur son camion ! Quelle belle solidarité !

Pour finir, Armelle propose d’organiser une rencontre avec plusieurs personnes pour que je puisse leur partager mon engagement. Cependant, nombre d’entre eux étant déjà très contents du député sortant se représentant, ils préfèrent rester concentrer sur cette personne. Ce que je trouve tout à fait honorable et compréhensible ! Mais il y a tout de même une dame qui prend le temps de me rencontrer et d’échanger avec moi. Touchée par mon engagement, elle prend plusieurs tracts et m’assure qu’elle parlera de ma candidature à des amis !


Après plusieurs jours sur les routes, nous avons finalement collé plus de 100 affiches !



Sur le terrain : la rencontre avec les citoyens


Une fois la partie affichage effectuée, il reste une étape cruciale, celle d'aller à la rencontre des citoyens afin d'échanger avec eux et distribuer des tracts. Je me rends deux fois dans la ville principale de Saverne, une fois en compagnie de ma soeur et une deuxième avec un jeune homme, Ali, rencontré à la gare de Saverne, qui me propose de me donner un coup de main !


Je fais plusieurs très belles rencontres, les citoyens sont vraiment réceptifs et j'ai de très bons échanges, certains vont même se révéler surprenant !


Je me rends dans une boutique Artisans du Monde proposant des articles ecoresponsables. La bénévole qui gère la boutique m'accueille chaleureusement et accepte que je laisse des tracts. elle m'informe cependant qu'elle a déjà pris sa décision de voter pour le candidat LREM (La République en Marche). Nous avons un agréable échange. Finalement, le jour des votes, je reçois un email de sa part "Vous avez eu au moins 2 voix aujourd’hui finalement. Bonne chance !". Je comprends que sa fille dont elle m'a parlé et elle-même ont finalement décidé de voter pour moi. Quelle belle surprise !


Au détour des rues de Saverne, je tombe sur Chaud Bio, un café vegan tenu par une famille. J'ai de longs échanges avec les membres de cette famille, en particulier avec le gérant. Il ne s'engage pas à voter pour moi malgré nos valeurs communes. Peu importe, je suis tout de même ravie d'avoir eu cette conversation avec eux. La veille des élections, je reçois un coup de fil de ce monsieur qui m'informe que sa famille va voter pour moi et qu’il a milité pour que 20 personnes votent aussi pour moi. Je suis profondément touchée par cette annonce !


Une de mes plus belles rencontres, c'est avec Ali, le jeune savernois qui m’a accompagné, m'a photographié pendant mes échanges avec les citoyens, et m'a même emmené à un événement au cours duquel j'ai rencontré le maire de Saverne.



Les retombées presse


Malgré la mise en place tardive de ma campagne, je suis parvenue à toucher des médias, dont les DNA qui ont publié un article pour chaque candidat. J'ai aussi été interviewée pendant plus de 10 minutes par Thierry de Radio-Arc-En-Ciel, lors du petit déjeuner presse que j'ai organisé au sein de Demeure M à Strasbourg. J'ai vraiment pu exprimer le fond de mes idées et ce pourquoi je suis entrepreneure et engagée dans cette campagne.


J'ai aussi été invitée à participer à un débat organisé par le magazine Hebdi avec tous les candidats souhaitant y prendre part. C'était le premier débat politique auquel je participais. Bien que je sois stressée, j'ai tout de même pu prendre la parole à plusieurs reprises pour exprimer mon point de vue liée à mon expérience.


Bilan de l'expérience


Cette expérience a été extraordinaire, car je me suis plongée en l'espace d'un mois dans un univers que je ne connaissais pas. J'ai pu confronter mes idées auprès des citoyens, j'ai réalisé que mon expérience d'entrepreneure pouvait être un exemple afin de montrer que nous sommes tous capables d'agir à notre échelle. J'ai pu mettre ma débrouillardise au service de cette campagne et vivre aussi des situations inattendues, parfois surréalistes. Peu importe le résultat, ce qui compte c'est que j'ai appris énormément sur un milieu que je ne maîtrisais pas et sur ma capacité d'adaptation. Qui sait peut-être un jour je reprendrai part à une campagne... Pour le moment, je préfère me concentrer sur mes entreprises, car je suis persuadée que l'entrepreneuriat reste la solution pour faire changer les choses.

© 2020 par Natacha Ruiz

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